Note de méthode : typologie des arêtes d'un graphe de relations bâti sur sources ouvertes
Un graphe de relations sans typologie d'arêtes mélange des liens de nature incomparable : la note fixe le niveau de preuve minimal exigé pour chaque type de lien retenu.
À retenir
- Un graphe de relations construit sur sources ouvertes doit distinguer au moins quatre types d'arêtes, chacun assorti d'un niveau de preuve propre.
- Faire figurer sur un même graphe un lien capitalistique vérifié et une simple co-occurrence documentaire, sans les distinguer visuellement, égare la lecture du dispositif.
- Le niveau de preuve minimal exigé par type d'arête doit être fixé avant la construction du graphe, pas ajusté au cas par cas pendant l'analyse.
- Cette note ne traite ni les mesures de centralité sur le graphe obtenu, ni la méthode d'analyse d'hypothèses concurrentes, chacune faisant l'objet d'un traitement séparé.
Construire un graphe de relations à partir de sources ouvertes suppose de répondre à une question qui précède toute question de représentation visuelle ou de calcul de centralité : qu'est ce qui constitue une arête. Cette question paraît triviale tant qu'elle reste implicite, et devient déterminante dès qu'on l'explicite, parce qu'un graphe qui relie deux entités sur la base d'un lien capitalistique vérifié n'a pas la même valeur probante qu'un graphe qui les relie parce qu'elles apparaissent ensemble dans un même document, à une occasion, sans autre précision.
La présente note de méthode propose une typologie des arêtes assortie, pour chacune, du niveau de preuve minimal exigé avant qu'un lien puisse y être rattaché. Elle ne traite pas des mesures de centralité ou d'intermédiarité calculées sur le graphe une fois construit, qui font l'objet d'un traitement distinct, ni de la méthode d'analyse d'hypothèses concurrentes, qui relève d'un exercice différent portant sur l'interprétation d'un ensemble d'indices plutôt que sur la construction d'un réseau de relations.
Pourquoi un graphe sans typologie mélange des liens incomparables
Un graphe de relations affiche par construction des nœuds reliés par des traits, et cette représentation visuelle uniformise implicitement la nature du lien qu'elle figure. Si rien ne distingue un trait représentant une participation capitalistique documentée d'un trait représentant deux mentions dans le même article de presse, la lecture du graphe attribue, souvent sans que le lecteur en ait conscience, un poids équivalent à des relations dont la solidité probante est pourtant très différente.
Cette confusion se propage à toute analyse dérivée du graphe. Un nœud qui semble central parce qu'il concentre de nombreuses arêtes peut devoir cette centralité à des liens de co-occurrence faiblement probants, alors qu'un autre nœud, moins connecté en apparence, peut concentrer des liens capitalistiques ou contractuels solidement établis. Sans typologie explicite, ces deux situations sont indiscernables sur le graphe lui-même, ce qui invalide par avance toute mesure de centralité calculée dessus.
La typologie des arêtes n'est donc pas un raffinement esthétique du graphe, mais une condition de validité de tout ce qui en sera tiré ensuite. Un graphe construit sans cette distinction ne peut pas être corrigé après coup par un simple ajustement du calcul : le défaut est dans la matière même du graphe, pas dans son traitement ultérieur.
Les quatre types d'arêtes et leur niveau de preuve
Le premier type d'arête est le lien capitalistique : une entité détient, directement ou par une chaîne de détention documentée, une part du capital d'une autre. Le niveau de preuve minimal exigé est un document officiel de nature actionnariale ou une déclaration publique équivalente, permettant de vérifier la nature exacte de la participation. Une simple mention journalistique non sourcée d'un lien capitalistique ne suffit pas à établir cette catégorie d'arête.
Le deuxième type est le lien contractuel : deux entités sont liées par un accord identifiable, qu'il s'agisse d'un contrat commercial, d'un partenariat ou d'un accord de licence. Le niveau de preuve exigé est la mention explicite de cet accord dans une source primaire, communiqué officiel des parties, document déposé ou équivalent, la simple rumeur d'un accord en préparation ne constituant pas une base suffisante pour tracer l'arête.
Le troisième type est le lien déclaratif : une entité affirme publiquement un rapport avec une autre, sans que ce rapport prenne nécessairement une forme capitalistique ou contractuelle vérifiable indépendamment, par exemple une déclaration d'affiliation, de partenariat stratégique ou de filiation d'origine. Le niveau de preuve exigé est la déclaration elle-même, correctement attribuée et datée dans le référentiel du graphe, avec la mention explicite qu'il s'agit d'une affirmation d'une des parties et non d'un fait vérifié par un tiers indépendant.
Le quatrième type est la co-occurrence : deux entités apparaissent ensemble dans un ou plusieurs documents, sans qu'aucune relation de nature capitalistique, contractuelle ou déclarative ne soit explicitement énoncée entre elles. Ce type d'arête porte le niveau de preuve le plus faible de la typologie, et doit être traité comme un indice de proximité thématique ou événementielle, jamais comme la démonstration d'une relation organisationnelle entre les deux entités concernées.
Fixer le seuil avant la construction, pas pendant l'analyse
Le niveau de preuve minimal exigé pour chaque type d'arête doit être arrêté avant que la construction du graphe ne commence, et documenté dans le protocole du dossier. Fixer ce seuil pendant la construction expose au risque d'un ajustement implicite au fil de l'avancement du travail, par exemple en abaissant progressivement les exigences pour une catégorie d'arête faute de matière suffisante, sans que cet abaissement soit tracé ni justifié.
Cette fixation préalable permet également de documenter, pour chaque arête effectivement retenue dans le graphe final, la source précise sur laquelle elle repose et le type auquel elle appartient. Un graphe dont chaque arête peut être remontée jusqu'à la source qui l'a établie, avec son type explicite, se prête à une relecture et à une contestation argumentée, ce qu'un graphe construit sans cette traçabilité ne permet pas.
NewsCore relie sur www.newscore.fr chaque arête retenue à sa source d'origine et à son type de preuve, ce qui couvre la traçabilité exigée par cette typologie dès la construction du graphe.
Traiter les liens ambigus et les cas mixtes
Certaines relations documentées présentent des éléments relevant de plusieurs catégories à la fois, par exemple un accord commercial qui s'accompagne d'une prise de participation minoritaire. Dans ce cas, la méthode recommandée n'est pas de choisir une catégorie unique par défaut, mais de représenter, si l'outil de visualisation le permet, deux arêtes distinctes entre les mêmes nœuds, chacune rattachée à son propre type et à sa propre source, plutôt que de fusionner artificiellement deux relations de nature différente en une seule.
Lorsque cette double représentation n'est pas possible techniquement, la règle par défaut est de retenir la catégorie portant le niveau de preuve le plus élevé parmi celles effectivement documentées, et de conserver dans le référentiel annexe la mention de la relation secondaire, pour qu'elle reste accessible à qui consulte le dossier complet plutôt que le seul graphe visuel.
Documenter le référentiel des arêtes en annexe du graphe
Chaque arête retenue dans le graphe présenté doit correspondre à une ligne d'un référentiel annexe, distinct de la seule représentation visuelle, qui consigne pour cette arête le type retenu parmi les quatre catégories, la source précise sur laquelle elle repose, sa date d'obtention et, le cas échéant, la mention d'une relation secondaire écartée faute d'un support de visualisation adapté. Ce référentiel annexe est ce qui permet de rouvrir un dossier plusieurs mois après sa production sans devoir reconstituer de mémoire pourquoi telle arête avait été retenue et sur quelle base.
Ce référentiel annexe rend également possible un contrôle qualité indépendant du graphe fini : un tiers qui n'a pas participé à la construction peut, en consultant cette annexe, vérifier que chaque arête respecte bien le niveau de preuve minimal fixé pour son type, sans devoir refaire l'ensemble de la recherche documentaire ayant permis d'établir la relation. Cette vérifiabilité constitue, au même titre que la typologie elle-même, une condition de crédibilité du graphe présenté à un destinataire extérieur au dispositif de collecte.
Limites de la typologie
Cette typologie en quatre types ne prétend pas épuiser toutes les formes de relation observables entre entités en source ouverte. Elle vise les catégories les plus fréquemment rencontrées dans un dispositif de veille économique, et peut être complétée par un cinquième type propre à un domaine particulier, à condition que ce type supplémentaire reçoive lui aussi un niveau de preuve minimal explicite avant tout usage.
La qualification d'une source comme suffisante pour établir un lien capitalistique ou contractuel reste, malgré des critères explicites, affaire de jugement dans les cas limites, par exemple lorsque le document disponible est ancien ou partiellement illisible. Cette note fixe le principe d'un niveau de preuve minimal par type, pas une procédure automatisée de qualification qui dispenserait de ce jugement.
Questions fréquentes
Faut il rejeter une relation dont la preuve n'atteint pas le niveau exigé pour son type ? Non, elle peut être conservée dans le référentiel de travail avec une mention explicite de son insuffisance probante, mais elle ne doit pas apparaître comme arête sur le graphe présenté sans cette réserve visible.
La co-occurrence peut elle, à terme, être requalifiée en un lien de type supérieur ? Oui, si une source ultérieure établit un lien capitalistique, contractuel ou déclaratif entre les mêmes entités, l'arête doit être requalifiée et la source nouvelle documentée, la co-occurrence initiale restant tracée comme premier indice ayant motivé l'attention portée au couple d'entités.
Cette note couvre t elle les mesures de centralité calculées sur le graphe ? Non, ces mesures font l'objet d'un traitement séparé, qui suppose justement que la typologie des arêtes ait déjà été appliquée en amont pour donner un sens comparable aux relations mesurées.
Peut on appliquer cette typologie à un graphe déjà construit sans elle ? Oui, mais l'opération suppose de reprendre chaque arête existante, de retrouver sa source d'origine et de lui attribuer un type, ce qui est plus coûteux que d'appliquer la typologie dès la construction initiale du graphe.